Dammann Frères ou Kusmi Tea ?

Vous avez certainement compris que chaque partie de scrabble est pour nous l’occasion d’une exploration de ce monde si vaste des thés, thés de Chine ou d’Inde, thés noirs, verts, blancs, thés semi-fermentés, rooibos et maté grillé, arômes de fleurs, de fruits, d’épices…

notre voyage olfactif et gustatif n’aura pas de fin !

Qu’avons-nous dégusté lors de nos deux dernières réunions ?

Chez Flo, un thé Dammann Frères vanille et pêche, suave sans être sucré, odorant avec légèreté.

Thé noir parfumé « Nosy Bey »

Thé de Chine non fumé. Arômes vanille et pêche de vigne. Agrémenté de morceaux de fruits, parsemé de pétales de rose rouge. Senteur de France et des Iles. Temps d’infusion recommandé : 4 à 5 minutes

Chez Do, coup de foudre pour les petites boîtes rondes Kusmi Tea aux motifs russes pour les thés ou aux couleurs « flashy » pour les mélanges bien-être.

Nous avons goûté Prince Wladimir (le nom déjà est une invitation au voyage) thé noir, agrumes, vanille et épices,

Mélange unique, le thé Prince Wladimir fut créé par Pavel Kousmichoff en 1888 pour fêter les 900 ans de la fondation de la Sainte Russie par Wladimir le Grand.

et Euphoria, un étonnant maté grillé au goût de chocolat et orange, évocateur de Noël.

Plante tonique appréciée pour ses vertus stimulantes, le maté est consommé depuis des millénaires par les indiens du Brésil et du Paraguay. Le chocolat est quant à lui LE remède instantané, qui apporte joie et bonheur. Fruit du soleil par excellence, l’orange parfait la recette, pour un goût chaleureux et réconfortant.

Les vertus combinées du maté, du chocolat et de l’orange font d’Euphoria la boisson idéale pour faire le plein de bonne humeur.

Petite précision qui a son importance… nos articles sur les thés ne sont que des appréciations de gourmandes; nous n’en parlons que parce que ces  boissons odorantes accompagnent nos moments d’amitié et de jeu, et nous n’avons pas l’intention de glisser des messages publicitaires dans nos articles qui n’ont d’autre ambition que de capturer dans les mots et les images l’essence de nos parenthèses enchantées.

Reprocherait-on à Proust de faire la pub des madeleines ou du thé ?

Il y avait bien des années que, de Combray, tout ce qui n’était pas le théâtre et le drame de mon coucher, n’existait plus pour moi, quand un jour d’hiver, comme je rentrais à la maison, ma mère, voyant que j’avais froid, me proposa de me faire prendre, contre mon habitude, un peu de thé. Je refusai d’abord et, je ne sais pourquoi, me ravisai. Elle envoya chercher un de ces gâteaux courts et dodus appelés Petites Madeleines qui semblent avoir été moulés dans la valve rainurée d’une coquille de Saint-Jacques. Et bientôt, machinalement, accablé par la morne journée et la perspective d’un triste lendemain, je portai à mes lèvres une cuillerée du thé où j’avais laissé s’amollir un morceau de madeleine. Mais à l’instant même où la gorgée mêlée des miettes du gâteau toucha mon palais, je tressaillis, attentif à ce qui se passait d’extraordinaire en moi. Un plaisir délicieux m’avait envahi, isolé, sans la notion de sa cause. Il m’avait aussitôt rendu les vicissitudes de la vie indifférentes, ses désastres inoffensifs, sa brièveté illusoire, de la même façon qu’opère l’amour, en me remplissant d’une essence précieuse: ou plutôt cette essence n’était pas en moi, elle était moi. J’avais cessé de me sentir médiocre, contingent, mortel. D’où avait pu me venir cette puissante joie? Je sentais qu’elle était liée au goût du thé et du gâteau, mais qu’elle le dépassait infiniment, ne devait pas être de même nature. D’où venait-elle? Que signifiait-elle? Où l’appréhender? Je bois une seconde gorgée où je ne trouve rien de plus que dans la première, une troisième qui m’apporte un peu moins que la seconde. Il est temps que je m’arrête, la vertu du breuvage semble diminuer. Il est clair que la vérité que je cherche n’est pas en lui, mais en moi. Il l’y a éveillée, mais ne la connaît pas, et ne peut que répéter indéfiniment, avec de moins en moins de force, ce même témoignage que je ne sais pas interpréter et que je veux au moins pouvoir lui redemander et retrouver intact, à ma disposition, tout à l’heure, pour un éclaircissement décisif. Je pose la tasse et me tourne vers mon esprit. C’est à lui de trouver la vérité; Mais comment? […]
Et je recommence à me demander quel pouvait être cet état inconnu, qui n’apportait aucune preuve logique, mais l’évidence, de sa félicité, de sa réalité devant laquelle les autres s’évanouissaient. Je veux essayer de le faire réapparaître. Je rétrograde par la pensée au moment où je pris la première cuillerée de thé. Je retrouve le même état, sans une clarté nouvelle. Je demande à mon esprit un effort de plus, de ramener encore une fois la sensation qui s’enfuit. Et pour que rien ne brise l’élan dont il va tâcher de la resssaisir, j’écarte tout obstacle, toute idée étrangère, j’abrite mes oreilles et mon attention contre les bruits de la chambre voisine. Mais sentant mon esprit qui se fatigue sans réussir, je le force au contraire à prendre cette distraction que je lui refusais, à penser à autre chose, à se refaire, avant une tentative suprême. Puis une deuxième fois, je fais le vide devant lui, je remets en face de lui la saveur encore récente de cette première gorgée et je sens tressaillir en moi quelque chose qui se déplace, voudrait s’élever, quelque chose qu’on aurait désancré, à une grande profondeur ; je ne sais ce que c’est, mais cela monte lentement; j’éprouve la résistance et j’entends la rumeur des distances traversées.
Certes, ce qui palpite ainsi au fond de moi, ce doit être l’image, le souvenir visuel, qui, lié à cette saveur, tente de la suivre jusqu’à moi. Mais il se débat trop loin, trop confusément; à peine si je perçois le reflet neutre où se confond l’insaisissable tourbillon des couleurs remuées ; mais je ne peux distinguer la forme, lui demander, comme au seul interprète possible, de me traduire le témoignage de sa contemporaine, de son inséparable compagne, la saveur, lui demander de m’apprendre de quelle circonstance particulière, de quelle époque du passé il s’agit. […]
 Et tout d’un coup le souvenir m’est apparu. Ce goût, c’était celui du petit morceau de madeleine que le dimanche matin à Combray (parce que ce jour-là je ne sortais pas avant l’heure de la messe), quand j’allais lui dire bonjour dans sa chambre, ma tante Léonie m’offrait après l’avoir trempé dans son infusion de thé ou de tilleul. La vue de la petite madeleine ne m’avait rien rappelé avant que je n’y eusse goûté; peut-être parce que, en ayant souvent aperçu depuis, sans en manger, sur les tablettes des pâtissiers, leur image avait quitté ces jours de Combray pour se lier à d’autres plus récents; peut-être parce que, de ces souvenirs abandonnés depuis si longtemps hors de la mémoire, rien ne survivait, tout s’était désagrégé; les formes – et celle aussi du petit coquillage de pâtisserie, si grassement sensuel sous son plissage sévère et dévot – s’étaient abolies, ou, ensommeillées, avaient perdu la force d’expansion qui leur eût permis de rejoindre la conscience. Mais, quand d’un passé ancien rien ne subsiste, après la mort des autres, après la destruction des choses, seules, plus frêles mais plus vivaces, plus immatérielles, plus persistantes, plus fidèles, l’odeur et la saveur restent encore longtemps, comme des âmes, à se rappeler, à attendre, à espérer, sur la ruine de tout le reste, à porter sans fléchir, sur leur gouttelette presque impalpable, l’édifice immense du souvenir.

Marcel ProustA la recherche du temps perdu

Do

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12 commentaires pour Dammann Frères ou Kusmi Tea ?

  1. somaja dit :

    Ce bon vieux Marcel, il vous en aurait mis de beaux mots sur le plateau !

  2. Syl. dit :

    Et avec délicatesse…

  3. estellecalim dit :

    Dammann ou Kusmi, pourquoi choisir ? 😀

    • C’est vrai; une grande partie du plaisir, c’est de vadrouiller dans les boutiques et sur les sites, de se laisser tenter, de sentir, de goûter. D’ailleurs, nous sommes preneuses de nouvelles ressources si vous en connaissez.

      • estellecalim dit :

        En ce moment, j’ai une passion pour les thé Lov organic. Pour l’hiver, le roiboos orange cannelle est absolument parfait, et le mélange Lov is Zen est très subtil et délicieux aussi. Mais j’ai également une préférence pour les thés mariage frères et il faut que j’aille tester les thés du palais des thés. Bon, je crois que je ne suis pas très bonne conseillère, j’aime trop de choses en même temps pour ne donner qu’un seul conseil ^-^.

      • Merci, voilà deux suggestions qui me tentent, Lov organic et Mariage frères. Voilà les seconds « frères » que nous rencontrons dans le monde des thés ! Je vais explorer leurs sites. Commande pour notre prochaine partie ?

  4. Catherine dit :

    Les filles, vous aurez peut-être envie de reparler de thé (s) russe (s) pour le challenge Un hiver en Russie !!! Du 21 décembre 2012 au 21 mars 2013 avec Cryssilda et Titine.
    http://cryssilda.canalblog.com/archives/2012/10/21/25388199.html
    http://plaisirsacultiver.wordpress.com/2012/10/21/un-hiver-en-russie/

    • Quelle belle et bonne idée ! Je ne sais pas si nous lirons Dostoievski, Tolstoï et Lermontov, mais Titine et Cryssilda peuvent compter sur nous pour disserter (bon, j’exagère !) sur Anastasia, Saint-Pétersbourg, Troïka, Samovar et Prince Wladimir.

      • Catherine dit :

        C’est génial, merci ! Je n’ai pas encore annoncé ma participation à ce challenge sur mon blog car il commence dans plus d’un mois donc j’ai le temps. Bonne journée à toutes !

  5. pyrausta dit :

    Nous sommes passées , ma fille et moi, dimanche devant une boutique Kusmi Tea et elle était ouverte…..Nous avons tout senti ..et rapporté le thé du matin n°24 et le thé vert des Rois Mages.Lors d’un prochain passage, nous laisserons de la place dans la valise ..

  6. pyrausta dit :

    Surtout qu’on peut tout sentir et qu’elle fait des dégustations journalières..Et puis il y a des mugs,, des tasses, des theières….Je viens de m’apercevoir que Monoprix fait la marque!!
    Le thé des Rois Mages, oui, spécial Noel .

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